Kalluak, Mark

Enseignant, éditorialiste, traducteur et conteur né près de Tavani (Nunavut) en 1942 – mort à Arviat (Nunavut) en 2011.

Mark Kalluak est né en 1942 aux alentours de Tavani, une localité minière située dans la région de Kivalliq, sur la côte ouest de la baie d’Hudson, dans l’actuel Nunavut. Il grandit sur les rives de la rivière Maguse, où il est élevé selon le mode de vie traditionnel inuit. En 1948, il fait partie des nombreux enfants inuits atteints de poliomyélite, qui sont envoyés à Winnipeg, au Manitoba, pour y suivre un traitement médical. Il passe quatre ans à l’hôpital, où il apprend en autodidacte à lire et à écrire l’inuktitut en caractères syllabiques, ainsi que l’anglais. De sa poliomyélite, il garde pour séquelle un usage réduit de ses mains. En 1953, un an après son retour dans l’Arctique, Mark Kalluak est envoyé à l’école fédérale Sir Joseph Bernier de Chesterfield Inlet, hameau de la région de Kivalliq, où il effectue ses études secondaires. En 1960, Mark Kalluak s’installe à Eskimo Point (auj. Arviat), et y fonde une famille avec son épouse Mary. C’est dans cette localité que Mark Kalluak construit sa carrière, tant sur le plan local, communautaire que gouvernemental. Dès les années 1960, il siège aux conseils d’administration de différentes organisations locales, telles que l’Eskimo Point Residents’ Association et le Conseil communautaire d’Eskimo Point ; il est maire de sa ville au cours de plusieurs mandats dans les années 1980 et 1990.

À la fin des années 1960, Mark Kalluak travaille dans l’administration du ministère des Affaires indiennes et du Nord canadien. En 1966, il fonde le journal bimensuel et bilingue (anglais, inuktitut) de ce même Conseil communautaire : Tusautit : Eskimo Community Newspaper, qui paraît jusqu’en 1970, sous le titre Messenger à partir de 1968. Il confirme son statut de journaliste et d’éditorialiste en travaillant pour deux autres journaux : le Keewatin Echo, journal éducatif mensuel bilingue (anglais, inuktitut) à destination des adultes qui paraît à Churchill, au Manitoba, entre 1968 et 1975 et l’Arviap Nipinga, journal communautaire mensuel d’Eskimo Point, essentiellement publié en inuktitut, entre 1971 et 1976. En tant que maire, Mark Kalluak joue un rôle essentiel dans la création de l’Arviaqpaluk Radio Station, la radio locale d’Eskimo Point. La carrière de journaliste de Mark Kalluak laisse présager des ambitions qui guident sa vie : la défense et la transmission de la culture, de la langue et des contes inuits, ainsi que l’engagement pédagogique.

Ces ambitions se conjuguent dans les premiers ouvrages de Mark Kalluak, publiés par le Ministère de l’Information et de l’Éducation du Gouvernement des Territoires du Nord-Ouest au milieu des années 1970 : How Kabloonat Became, and Other Inuit Legends (1974), Inuit Unipkatuangi (1974), et Unipkaaqtuat nunaup asianit (1975). Les deux premiers ouvrages sont la version anglaise et la version inuktitut d’un même recueil de légendes inuites. Tous deux sont illustrés par des photographies de David Webster et des dessins à l’encre de Mark Kalluak lui-même, et présentent divers récits de création inuits de cinq conteurs d’Eskimo Point. C’est le fruit de réunions d’aînés organisées tous les vendredis au Centre d’éducation pour adultes de la ville, où Mark Kalluak enseigne l’inuktitut et l’alphabétisation depuis 1969. Les trente-quatre contes de Marcel Akadlaka, aussi présentés dans ces deux ouvrages et dont certains sont précédemment parus dans le Keewatin Echo, ont été collectés dans ce contexte. Le troisième ouvrage, publié en inuktitut et illustré par l’artiste Germaine Arnaktauyok, présente plus spécifiquement des légendes traditionnelles d’autres pays : il est destiné aux écoliers des Territoires du Nord-Ouest. Notons que le rôle de passeur de Mark Kalluak s’illustre également dans sa traduction du Nouveau Testament vers l’inuktitut.

Pour Mark Kalluak, il est tout aussi important d’éveiller les non-Inuits à la richesse culturelle de sa région : entre 1974 et 1990, il travaille à l’Inuit Cultural Institute (ICI) d’Eskimo Point. L’ICI, fondé au début des années 1970, a pour mandat de promouvoir la langue et l’héritage culturel inuits dans les Territoires du Nord-Ouest. Mark Kalluak place au service de cet institut ses qualités de spécialiste de la communication et d’interprète : il édite le périodique de l’ICI, Isumasi, et organise de nombreux ateliers axés sur la création de glossaires bilingues (inuktitut, anglais). Ces ateliers témoignent de la conscience linguistique qui l’a conduit, dans les années 1970, à prendre parti dans le débat de la standardisation de l’inuktitut et à défendre l’usage des caractères syllabiques. Au milieu des années 1980, l’implication de Mark Kalluak dans les activités de l’ICI attire l’attention d’Ingo Hessel, spécialiste canadien de l’art inuit : c’est avec lui et David Webster que Mark Kalluak conçoit un projet d’entrevues avec les artistes majeurs d’Arviat. Ce projet aboutit à une publication bilingue (anglais, inuktitut), jugée fondatrice par Ingo Hessel : Pelts to Stone: A History of Arts and Crafts Production in Arviat (1993). Ce recueil d’entrevues menées en 1990 et 1991 dessine la trame d’une histoire de l’art à Arviat ; à sa parution, il est salué dans l’Inuit Art Quarterly.

Pour l’ensemble de son action, Mark Kalluak se voit décerner en 1991 l’Ordre du Canada. Pédagogue, spécialiste de l’inuktitut et homme influent dans sa communauté, il est désormais un aîné respecté, dont les compétences sont sollicitées par le gouvernement du jeune Nunavut : à partir de 1999, il est chargé des questions d’héritage culturel inuit au Ministère de l’Éducation du Nunavut. Il exerce une influence déterminante dans l’élaboration des programmes scolaires au Nunavut. Les musées, les agences gouvernementales voient en lui une référence, et les universitaires – étudiants et chercheurs – se tournent vers lui pour leurs études de terrain. La pratique de l’archéologie dans l’Arctique est d’ailleurs un objet de réflexion pour Mark Kalluak, comme en témoigne le CD et site Web Arctic peoples and archaeology (2006). Dans les années 2000, le centre de loisirs d’Arviat est rebaptisé « Mark Kalluak Community Hall » en son honneur. Mark Kalluak n’en oublie pas pour autant ses premiers centres d’intérêt, à savoir la collecte de légendes inuites : deux volumes bilingues (inuktitut, anglais) paraissent successivement en 2009 et 2010, illustrés par ses soins, sous le titre Unipkaaqtuat Arvianit. Traditional Stories from Arviat.

Mark Kalluak s’éteint en 2011, laissant derrière lui ses sept enfants, ainsi qu’une trentaine de petits-enfants et arrière-petits-enfants. Ingo Hessel, qui préparait avec lui un manuel d’histoire de l’art inuit à destination des cycles secondaires, lui consacre un éloge funèbre, « Mark Kalluak (1942-2011) », paru dans la revue Inuit Art Quarterly. Le jeune territoire pour lequel il a tant œuvré lui décerne à titre posthume l’Ordre du Nunavut en 2011.

La rédaction de cette biographie est basée sur les documents écrits disponibles lors d'une recherche collective réalisée de 2018 à 2021. Il est possible que des coquilles et des faits doivent être corrigés. Si vous constatez une erreur, ou si vous souhaitez rectifier quelque chose dans une biographie d’auteur, merci de nous écrire à imaginairedunord@uqam.ca et nous le ferons avec plaisir. C’est de cette manière que nous arriverons à avoir des présentations plus précises, et à mieux faire connaître et mettre en valeur la culture inuite.

 

(c) Laboratoire international de recherche sur l'imaginaire du Nord, de l'hiver et de l'Arctique, Université du Québec à Montréal, 2018-2021, Daniel Chartier et al.