Administratrice gouvernementale à Igloolik (Nunavut) née au tournant des années 1970.
Lily Taqaugak Tongak, également appelée Lily Kadlutsiaq-Tongak, est probablement née au tournant des années 1970 dans l’actuel Nunavut. Elle est la fille de Josiah Kadlutsiaq et de Damaris Ittukusuk Kadlutsiaq, la quatrième d’une fratrie de neuf enfants. Bobby, son frère cadet, a hérité du nom de sa grand-mère, Qaumayuq (mère de Damaris). Lily Taqaugak Tongak est elle-même mère d’une fille, Jennifer Tongak, et d’un fils adoptif auquel elle a donné le prénom de sa mère Damaris comme sauniq (« homonyme »). Lily Taqaugak Tongak est la nièce de Morgan, Rhoda, Titus et Esther Arnakallak et la petite-fille de Samuel Arnakallak, aussi appelé Samuel Anukudluk.
Lily Taqaugak Tongak est principalement reconnue pour le témoignage qu’elle a livré à Nancy Wachowich, anthropologue sociale de l’Université d’Aberdeen (Écosse) et spécialiste de l’histoire coloniale et des mouvements sociaux des Inuits et des Inuites des communautés de Pond Inlet (en inuktitut : Mittimatalik) et d’Igloolik, dans l’actuel Nunavut. Dans l’ouvrage Making and growing: Anthropological studies of organisms and artefacts (2014), dirigé par les anthropologues Elizabeth Hallam et Tim Ingold, Lily Taqaugak Tongak relate à Nancy Wachowich la vie de sa mère Damaris dans le chapitre « Stitching lives: A family history of making caribou skin in the Canadian Arctic ». Lily Taqaugak Tongak raconte ainsi que Damaris Ittukusuk Kadlutsiaq est née en 1943 à Nalluaq, près de Pont Inlet, un des derniers camps organisés selon le mode de vie traditionnel inuit. En 1953, la famille de Damaris est délocalisée à Craig Harbour (île d’Ellesmere, actuel Nunavut) dans le Haut-Arctique, situé à une cinquantaine de kilomètres au sud-est de Grise Fiord, puis, une semaine après, sur la péninsule de Lindstrom (île d’Ellesmere), 64 kilomètres plus loin. Après quatre années passées sur l’île d’Ellesmere, en 1957, Damaris et sa famille – sa mère Qaumayuq, son père Arnakallak et certains de ses frères et sœurs, dont Rhoda, Esther (ou Maikpainnuk), Morgan, Timonie, Phoebe, Jonathan – peuvent rentrer à Pond Inlet. La famille de Damaris est l’une des nombreuses familles inuites à avoir été victimes, au début des années 1950, du programme fédéral de délocalisation des Inuits et des Inuites de l’Arctique vers le Haut-Arctique. Ce programme avait pour objectif de peupler la région afin d’y garantir la souveraineté territoriale canadienne. Ces familles n’étant pas familières avec les conditions extrêmes du Haut-Arctique, elles ont dû lutter pour leur survie et demeurent, aujourd’hui encore, profondément traumatisées par cette expérience. Ce ne semble pas avoir été le cas pour Damaris, qui, selon Lily Taqaugak Tongak, parlait avec nostalgie de ses souvenirs d’Ellesmere, au point où elle souhaitait pouvoir y retourner. Ensemble, elles voulaient faire le voyage, mais Damaris est décédée, à cinquante-quatre ans, avant qu’elles n’en aient le temps.
Dépositaire de l’histoire de sa famille et de la mémoire de sa mère Damaris, Lily Taqaugak Tongak vit actuellement à Igloolik, où elle travaille en tant qu’administratrice dans un bureau gouvernemental.