Écrivain, auteur-compositeur, musicien, chroniqueur, traducteur et homme politique né à Uummannaq (Groenland) en 1952.
Juaaka Lyberth, ou Karl Johan Juaaka Lyberth, est né le 19 novembre 1952 à Uummannaq, dans le nord du Groenland. Fils de Frederik Issalik Lyberth et de Louise Pollas, il porte les noms respectifs de son arrière-grand-père et de son grand-oncle, condensés en « Juaaka » par les gens d’Uummannaq dans son enfance.
Les premières années et l’éducation de Juaaka Lyberth se déroulent entre le Groenland et le Danemark : après plusieurs années à Uummannaq, il étudie un an à Måløv, à l’ouest de Copenhague, avant d’effectuer sa scolarité de secondaire à Nuuk (Groenland), où il obtient son diplôme de fin d’études en 1971. Il fréquente ensuite une autre école secondaire à Båring, sur l’île de Fionie (Danemark). Enfin, il se forme au métier de technicien de radio à la société de radiodiffusion du Groenland (Kalaallit Nunaata Radioa, KNR), dans laquelle il gravira plus tard les échelons de 1985 à 1995, avant de siéger à son conseil d’administration de 2005 à 2008. Auparavant, en 1974, il retourne cependant au Danemark, à Grenaa, dans le Jutland, pour préparer son examen d’entrée à l’université : inscrit en Cultures inuites et études arctiques à l’Université de Copenhague de 1977 à 1984, il nourrit pour ces questions un intérêt profond. Cela le conduit, de 2014 à 2016, à rédiger un mémoire de maîtrise consacré aux résurgences des croyances préchrétiennes dans le Groenland actuel. Ces années de formation diversifiées témoignent de sa curiosité intellectuelle et de sa polyvalence. Juaaka Lyberth a plusieurs vies professionnelles et culturelles, étroitement entremêlées les unes aux autres.
Parallèlement à ses études et à son travail à KNR, Juaaka Lyberth amorce une carrière de musicien, puis d’homme de théâtre. Ainsi, dans les années 1970, il fonde le groupe musical Aasivik et donne de nombreux concerts au Groenland. Il sort plusieurs chansons et albums, entre traditions orales groenlandaises et inspirations musicales de son temps, notamment Kalaaleqatikka – mine frænder (1977) et Oqaluttuat – fortællinger (1984), ou encore Fam (1980), le premier album musical pour enfants du Groenland. Les années 2010 voient renaître ce pan de l’activité de Juaaka Lyberth : son album de chansons d’amour Naasumik paju sort en 2011. En 2013, « Sinigit meerannguaq », une berceuse qu’il a écrite en 1974, figure dans le film Gravité d’Alfonso Cuarón : c’est un grand motif de fierté pour le Groenland. Les chansons de Juaaka Lyberth sont largement diffusées sur YouTube ainsi que sur de nombreuses autres plateformes d’écoute en continu. Amoureux des arts vivants, Juaaka Lyberth s’investit également dans la création théâtrale groenlandaise : il est le producteur et comédien soliste du drame musical Qasasip ullua kingulleq, jouée au centre culturel Katuaq à Nuuk en 1999 dans une mise en scène d’Indra Lorentzen. Il préside ensuite le conseil d’administration du Théâtre national du Groenland (Nunatta Isiginnaartitsisarfia) de 2011 à 2015 et codirige NAIP, une association de théâtre amateur de Nuuk, de 2011 à 2013, avant de produire la pièce de théâtre Qaammatip Ernera, mise en scène par Jacques S. Matthiessen au centre culturel Katuaq en 2017.
Artiste, Juaaka Lyberth est aussi engagé dans la vie politique locale groenlandaise. Cofondateur de la branche danoise du parti social-démocrate groenlandais Siumut en 1979, il en est le secrétaire en 1981 et 1982, avant d’assister le député européen Finn Lynge en 1983. Il est ensuite deuxième adjoint au maire de Nuuk et membre du conseil municipal de la capitale groenlandaise, sous la bannière de Siumut, de 1991 à 1995. En avril 2021, il entre au conseil municipal de Sermersooq, municipalité dont son épouse Asii Chemnitz Narup a été la mairesse de 2009 à 2019. Il représente alors l’Inuit Ataqatigiit, un parti d’obédience socialiste. Son engagement politique s’exprime tout particulièrement dans le domaine de la culture groenlandaise : entre les années 1990 et 2010, il a assumé de nombreuses responsabilités et accompli plusieurs missions de consultant culturel auprès de diverses organisations. Notamment, à partir de 1995, il devient secrétaire du centre culturel Katuaq, avant d’en gérer l’événementiel en 1997, puis d’en devenir le directeur en 1999, et ce, jusqu’en 2007. Après cette expérience, il devient directeur de la maison de la culture Taseralik à Sisimiut, de 2007 à 2010. En 2024, il préside toujours le conseil d’administration de Katuaq. L’engagement de Juaaka Lyberth dans la défense de la culture groenlandaise est récompensé dès 2000 par le Prix de la culture groenlandaise (Grønlandske Kulturpris) du Gouvernement du Groenland.
Enfin, Juaaka Lyberth est aussi un écrivain et un fervent promoteur de la littérature, de la culture et de la langue groenlandaises. Depuis les années 1980, il est un contributeur régulier à des journaux groenlandais tels que Sermitsiaq et Atuagagdliutit/Grønlandsposten, où il propose des chroniques relatives à la musique et à la culture de son pays. Dans les années 2010, Juaaka Lyberth écrit deux livres, publiés à Nuuk aux éditions Milik : Naleqqusseruttortut : oqaluttualiaq (2012) et Orpilissat nunarsuarmi kusanarnersaat (2019). Le premier livre lui vaut le Grand Prix de littérature du Conseil nordique en 2014, puis fait l’objet d’une traduction danoise (Godt i vej, 2014) et d’une traduction anglaise (On their way, 2018). Dans ce roman, Juaaka Lyberth retrace l’histoire de sa génération, curieuse et ouverte aux influences culturelles extérieures tout en étant en quête d’identité. Son deuxième livre, qui est un conte de Noël, n’est traduit pour l’instant que vers le danois (Det smukkeste juletræ i verden; littéralement : « Le plus beau sapin de Noël du monde », 2019); il a été finaliste au Prix de littérature d’enfance et de jeunesse du Conseil nordique de l’Ouest en 2020.
Versé dans l’histoire de son pays, qu’il documente depuis les années 1980, Juaaka Lyberth est également le biographe de personnages groenlandais illustres : Joas Andersen, conteur d’Uummannaq (2013), ou encore Simon Olsen, premier industriel groenlandais (2020). Juaaka Lyberth accomplit aussi un important travail de traducteur, du groenlandais (le kalaallisut) au danois et inversement, jouant un rôle de passeur entre les deux cultures. Son amour pour la langue groenlandaise le conduit à siéger à l’Office de la langue groenlandaise (Oqaasiliortut), où il examine et approuve les nouveaux mots et noms groenlandais. Son expertise en études inuites lui permet de produire des textes à visée savante sur les domaines qui lui sont chers. L’un d’eux en particulier, « Du tambour traditionnel au rock et à l’art contemporain », est accessible au lectorat francophone dans l’ouvrage collectif Le Groenland. Climat, écologie, société, paru en 2016. À partir de 2020, il est également vice-président du conseil d’administration de l’Institut nordique du Groenland (Nunani Avannarlerni Piorsarsimassutsikkut Attaveqaat, NAPA).
Enfin, Juaaka Lyberth représente régulièrement à l’étranger l’Association des écrivains groenlandais (Kalaallit Atuakkiortut), qu’il préside depuis 2015. C’est notamment à ce titre qu’il se rend au Festival du livre de Paris en 2024 et qu’il conclut un accord avec Daniel Chartier, directeur du Laboratoire international de recherche sur l’imaginaire du Nord, de l’hiver et de l’Arctique, pour promouvoir la littérature groenlandaise.
Juaaka Lyberth vit actuellement à Nuuk avec son épouse, la politicienne Asii Chemnitz Narup, avec qui il a adopté deux enfants originaires de Corée du Sud : Kimmernaq Lyberth et Suluk Lyberth. Le couple a deux petits-enfants.