Audlaluk, Larry

Auteur, militant et chasseur né à Uugaqsiuvik (Nunavik) en 1953.

Larry Audlaluk naît en 1953 à Uugaqsiuvik, un campement traditionnel situé à l’est d’Inukjuak au Nunavik. Alors qu’il a deux ans, sept familles inuites, dont la sienne, sont déplacées par le gouvernement fédéral canadien sur l’île la plus septentrionale du Canada, Ellesmere, à proximité de la communauté de Grise Fiord. Ce village a été créé en 1953 pour héberger les Inuites et Inuits nouvellement arrivés dans le Haut-Arctique et, surtout, pour préserver la souveraineté canadienne dans l’Arctique. La famille de Larry Audlaluk s’y installera en 1962, date à laquelle ouvre l’école du village. Auparavant, toutefois, la vie dans leur nouvel environnement est très difficile pour les Inuits d’Inukjuak : les ressources abondantes promises par le gouvernement n’existent pas, et ils et elles vivent dans la pauvreté et l’isolement. Le père de Larry Audlaluk décède d’épuisement une dizaine de mois après l’installation de la famille dans la région. Son épouse doit alors affronter le chagrin de l’exil et du veuvage tout en élevant seule ses enfants, qui sont profondément marqués par cette enfance douloureuse : Larry Audlaluk admet avoir dû surmonter sa colère et ses problèmes de dépendance à son entrée dans l’âge adulte; sa sœur Minnie et son frère Samwillie témoignent aussi de leurs souvenirs traumatisants de cette époque.

Une fois adulte, Larry Audlaluk continue à résider à Grise Fiord (en inuktitut : Aujuittuq ou Ausuittuq), lieu avec lequel il entretient un rapport complexe. D’une part, Grise Fiord est synonyme de séparation d’avec sa famille, retournée à Inukjuak à la fin des années 1980, et il a le sentiment de s’être fait voler la vie qu’il aurait dû mener au Nunavik; d’autre part, il est impliqué dans cette communauté qu’il revendique désormais comme la sienne, pour le meilleur et pour le pire. Chasseur, il devient un leader communautaire et envisage un temps une carrière politique, en se présentant aux élections générales du Nunavut de 2004, dans la circonscription de Quttiktuq. Il est intronisé membre de l’Ordre du Canada en 2007 pour son leadership, son implication au sein de sa communauté et ses efforts pour préserver et promouvoir son héritage culturel. Dès la fin des années 1990, il s’implique dans diverses œuvres cinématographiques susceptibles de servir cet objectif : en 1998, il joue le rôle d’Ahnalkah dans le film Glory and Honor de Kevin Hooks, qui se déroule au pôle Nord. En 2007, il apparaît dans le court documentaire du réalisateur français Yves Billy intitulé Un détroit surgi des glaces, qui traite de l’ouverture d’un nouveau passage maritime rendu possible par la fonte des glaces dans le Nord. Enfin, en 2010, il participe à Martha qui vient du froid (Martha of the North), un film réalisé par Marquise Lepage, qui raconte l’histoire de la famille de la jeune Martha Flaherty, elle aussi délocalisée par le gouvernement près de Grise Fiord, dans les années 1950. Doyen de Grise Fiord depuis 2008, Larry Audlaluk exerce de nombreuses responsabilités locales, entre autres la présidence de la coopérative ou encore la participation au conseil d’administration de l’Organisation des chasseurs et des trappeurs d’Iviq (Iviq Hunters & Trappers Organization). Il est aussi un interlocuteur reconnu du gouvernement fédéral : par exemple, il dénonce les pénuries d’eau et les bris de réservoir que vit régulièrement le village et, en 2016, lors d’une entrevue filmée et diffusée par CBC, il interpelle le premier ministre du Canada Justin Trudeau sur la problématique du réchauffement climatique.

Larry Audlaluk consacre sa vie à la lutte pour la reconnaissance par le gouvernement fédéral du désastre humain de la délocalisation du Haut-Arctique, mais aussi à la transmission de cette part cachée et méconnue de l’histoire du Canada. Il témoigne de son expérience en 1993 lors de la Commission royale sur les peuples autochtones. Ses efforts conjoints à ceux de John Amagoalik, lui aussi un ancien exilé du Haut-Arctique, portent finalement leur fruit : en 2010, le gouvernement fédéral reconnaît ses torts et présente des excuses officielles aux Inuits et Inuites de Grise Fiord et de Resolute. Larry Audlaluk s’implique ensuite dans divers projets de diffusion de l’histoire d’Ellesmere : en 2012, il livre un témoignage filmé dans le cadre du projet d’histoire orale Iqqaumavara; il prend également part aux activités de la Commission de vérité de Qikiqtani, initiative inuite soutenue par la Société Makivik et destinée à enquêter sur les actes génocidaires commis à l’encontre des Inuites et Inuits de l’Arctique canadien dans les années 1950-1960. En 2017, CBC consacre un article au témoignage de Larry Audlaluk sur son enfance dans le Haut-Arctique. Enfin, il s’implique dans le Comité de cogestion de la région de Nirjutiqarvik (Nirjutiqarvik Area Co-Management Committee).

Son goût pour le savoir, l’histoire et la littérature incite Larry Audlaluk à faire le récit de sa vie dans un livre, qu’il écrit pendant plusieurs années, puis perfectionne pendant deux ans en collaboration avec Inhabit Media, une maison d’édition inuite située à Iqaluit (Nunavut) et à Toronto (Ontario). Cet ouvrage paraît en 2020, en anglais, sous le titre What I remember, what I know: The life of a High Arctic Exile, et lui vaut une nomination au Prix littéraire du Gouverneur général en 2021 (catégorie études et essais de langue anglaise) et au prix du livre J. W. Dafoe (J.W. Dafoe Book Prize), toujours en 2021. Pour Larry Audlaluk, l’écriture a une vertu thérapeutique, mais elle répond aussi à deux autres ambitions : nuancer l’histoire officielle du Canada et adresser à la jeunesse inuite un message de courage et de résilience. À la suite de cette parution, Larry Audlaluk se consacre encore à la transmission de l’histoire de Grise Fiord dans le cadre de différentes initiatives, notamment une vidéo tournée pour l’Inuit Tapiriit Kanatami (littéralement : « Les Inuits sont unis au Canada ») en 2021 et sa participation au balado Nos récits : club de lecture autochtone, produit par le Centre national des arts (Ontario), en 2024.

Aujourd’hui, Larry Audlaluk réside toujours à Grise Fiord. Il travaille à l’écriture d’un prochain livre qui portera sur les explorateurs et exploratrices de l’Extrême-Arctique.

La rédaction de cette biographie est basée sur les documents écrits disponibles lors d'une recherche collective réalisée de 2018 à 2026. Il est possible que des coquilles et des faits doivent être corrigés. Si vous constatez une erreur, ou si vous souhaitez rectifier quelque chose dans une biographie d’auteur, merci de nous écrire à imaginairedunord@uqam.ca et nous le ferons avec plaisir. C’est de cette manière que nous arriverons à avoir des présentations plus précises, et à mieux faire connaître et mettre en valeur la culture inuite.

 

(c) Laboratoire international de recherche sur l'imaginaire du Nord, de l'hiver et de l'Arctique, Université du Québec à Montréal, 2018-2026, Daniel Chartier et al.