Nielsen, Frederik

Écrivain, traducteur et linguiste né à Qoornoq (Groenland) en 1905 – mort en 1991.

Frederik Nielsen, aussi appelé Frederik Jørgen Niels ou Frederik « Fare » Jørgen Niels Nielsen, naît le 20 septembre 1905 à Qoornoq, un village de pêche de la municipalité de Sermersooq, dans le sud-ouest du Groenland. À l’âge de quatre ans, Frederik Nielsen perd son père, le chasseur Niels Hans Morten Nielsen, dans un accident de kayak. Avec sa mère Juliane Ane Jocebha Holm, il emménage alors chez ses grands-parents, à Godthåb (aujourd’hui Nuuk).

Des années 1920 aux années 1950, la vie professionnelle et publique de Frederik Nielsen se déploie dans trois domaines : l’éducation, la modernisation des médias groenlandais et l’engagement politique. De 1921 à 1927, il étudie au séminaire du Groenland (Ilinniarfissuaq), toujours à Godthåb, où il fréquente Pavia Petersen et Hans Lynge, comme lui destinés à devenir des figures de la littérature groenlandaise. Frederik Nielsen poursuit et achève ses études en 1931 au Danemark, au séminaire d’État de Tønder, un établissement de formation des enseignantes et enseignants : cela fait de Frederik Nielsen le premier étudiant groenlandais à terminer sa formation aux métiers de l’éducation au Danemark. Il rentre au Groenland pour exercer son métier d’enseignant à l’école d’Egedesminde (aujourd’hui Aasiaat), sur la côte ouest du Groenland, avant d’obtenir une mutation professionnelle pour une école de Godthåb en 1936. En 1941, son expertise pédagogique lui permet de devenir conseiller de commission scolaire pour les régions du Groenland. Nommé directeur d’école à Julianehåb (aujourd’hui Qaqortoq) en 1947, il poursuit sa mission de conseiller, mais désormais pour le Groenland méridional. Le nom de Frederik Nielsen est étroitement lié au développement de l’instruction publique au Groenland.

Par la suite, il mène une entreprise de diffusion de l’information en prenant la tête d’une toute nouvelle radio groenlandaise en 1957, la Société de radiodiffusion du Groenland (Kalaallit Nunaata Radioa, KNR). Il occupe ce poste jusqu’à sa retraite en 1969 et, tout au long de son mandat, il développe les médias de masse, alors inexistants au Groenland, en gérant l’équilibre délicat entre matériau de langue danoise et matériau de langue groenlandaise dans la grille de programmation de la radio. Il inaugure une ère nouvelle de l’information, dans un pays où le seul organe journalistique était le journal bimensuel et bilingue Atuagagdliutit/Grønlandsposten.

Ses tâches de pédagogue et d’homme de radio incitent Frederik Nielsen à exercer des responsabilités politiques au niveau local, puis national, tout comme son cousin Andreas Nielsen. Il siège ainsi, de 1948 à 1951, au conseil communautaire de Julianehåb; en 1949, il est le suppléant de Klaus Lynge au Conseil national du Groenland (Grønlands Landsråd), avant d’en être un membre à part entière de 1951 à 1954.

Parallèlement à ses activités professionnelles et politiques, Frederik Nielsen est aussi un homme de lettres. Poète, romancier, essayiste, traducteur, il est considéré aujourd’hui comme l’un des importants romanciers groenlandais aux côtés de Mathias Storch et d’Augo Lynge. Son roman Tuumarsi (« Thomas »), publié en 1934, raconte la vie d’un homme, marquée par les épreuves humaines et spirituelles, dans un Groenland du XIXe siècle où voisinent culture chrétienne et pratiques inuites traditionnelles (comme la chasse au phoque). Il offre un contrepoint intéressant à la littérature groenlandaise des années 1930, marquée par un romantisme patriotique. Tuumarsi fait l’objet d’une réédition en 1973, puis d’une traduction vers le danois (1980), qui sert elle-même à une traduction vers l’anglais (2016). En 1943, Frederik Nielsen devient aussi le premier auteur groenlandais à publier un recueil de poèmes – Kristen Poulsen sera le deuxième, quatre ans plus tard. Ce recueil, intitulé Qilak, nuna, imaq (littéralement : « Ciel, terre, mer »), célèbre la nature groenlandaise. Il est réédité en 1962, mais certains de ses poèmes sont d’ores et déjà repris en 1956 dans une anthologie bilingue (groenlandais, danois) qui compte notamment des œuvres de Rasmus Berthelsen. Ces premières publications de Frederik Nielsen sont suivies, en 1948, d’un récit de tonalité surnaturelle, Arnajaraq, fortement inspiré du conte Blanche-Neige des frères Grimm, qui fait l’objet d’une réédition en 2000. Frederik Nielsen est également connu pour sa tétralogie romanesque, qui paraît entre 1970 et 1988. Composée de Ilissi tassa nunassarsi (1970), Siulittuutip eqquunnera (1982), Inuiaat nutartikkat (1983) et Nunaga siunissat qanoq ippa? (1988), elle relate l’histoire d’un Groenland médiéval, où la culture de Thulé, venue d’Alaska et du Canada, remplace progressivement la culture de Dorset. Le dernier tome de cette œuvre est traduit vers le danois en 1991 sous le titre Mit land – hvorhen går din fremtid? (littéralement : « Mon pays – où ton avenir s’en va-t-il? »).

L’œuvre de Frederik Nielsen témoigne de son amour pour la culture et l’histoire du Groenland, amour qui se traduit également par son engagement dans les activités éditoriales de son temps et dans les organisations qui promeuvent la culture et la langue groenlandaises, notamment le Musée national du Groenland (Nunatta Katersugaasivia Allagaateqarfialu) et le Secrétariat de la langue du Groenland (Oqaasileriffik). Frederik Nielsen participe ainsi à la réforme de l’orthographe groenlandaise de 1973, qui remplace celle établie par Samuel Kleinschmidt dans la seconde moitié du XIXe siècle. Enfin, il enrichit le patrimoine littéraire groenlandais par son œuvre personnelle de traducteur, qu’il développe du milieu des années 1970 à la fin des années 1980. Outre les contes de Hans Christian Andersen et l’Ancien Testament, il traduit vers le groenlandais une sélection d’hymnes et de chants de l’auteur romantique danois N. F. S. Grundtvig, qui paraît à Nuuk en 1985. Il s’implique également dans un groupe de travail visant à produire un dictionnaire groenlandais-danois / danois-groenlandais.

Ce parcours professionnel et intellectuel très diversifié, qui fait de Frederik Nielsen un acteur essentiel de la culture de son pays, lui vaut également plusieurs prix et distinctions. Il est fait chevalier de l’Ordre du Dannebrog en 1952, ordre dans lequel il est promu en 1965. À partir des années 1970, la société groenlandaise l’honore aussi à plusieurs reprises : en 1972, il reçoit la médaille Rink, puis le gouvernement du Groenland lui décerne en 1984 le Prix de la culture groenlandaise (Grønlandske Kulturpris) et, en 1991, la médaille du mérite Nersornaat.

Frederik Nielsen meurt en 1991, laissant derrière lui un important héritage littéraire et culturel. La rue Farip Aqqutaa à Nuuk est baptisée d’après son surnom, « Fare ».

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(c) Laboratoire international de recherche sur l'imaginaire du Nord, de l'hiver et de l'Arctique, Université du Québec à Montréal, 2018-2026, Daniel Chartier et al.