Aîné, auteur et sculpteur né à Salluit (Nunavik) en 1947.
Charlie A. Saviakjuk, aussi appelé Charlie Anugaaq Saviakjuk, naît en 1947 à Sugluk (aujourd’hui Salluit) au Nunavik. Né dans un igloo, il passe sa petite enfance dans la toundra. À partir de 1951, il reçoit les enseignements d’un missionnaire et quitte progressivement ce mode de vie traditionnel. Un court documentaire, The faithful optimists (1957), produit pour dépeindre la vie des gens de Salluit, donne un aperçu de son enfance arctique. Il se marie en 1970 et a deux enfants, nés en 1971 et 1974 : Joe Saviakjuk et Alice Saviakjuk. Après un très bref séjour à Cape Dorset (aujourd’hui Kinngait, Nunavut), la famille s’établit à Coral Harbour (en inuktitut : Salliq ou Salliit), une communauté inuite située sur l’île Southampton dans la région de Kivalliq (Nunavut). Charlie A. Saviakjuk et son épouse accueillent deux autres enfants, le premier en 1976, qui sera confié en adoption, et le second en 1977.
Charlie A. Saviakjuk est impliqué dans la vie de la communauté de Salluit. Jeune trentenaire, il exerce d’abord les fonctions de secrétaire au sein du conseil municipal de Salluit, avant de devenir conseiller municipal, puis interprète officiel pour le ministère des Affaires sociales du Québec pour la région de Salluit. À de nombreuses reprises, il agit aussi en tant que représentant de sa communauté auprès des agences gouvernementales et des organisations autochtones de la région. Outre cet engagement communautaire et ses activités de trappeur et de chasseur, Charlie A. Saviakjuk occupe plusieurs professions au cours de sa vie, notamment travailleur de la construction et de la santé, enseignant et conducteur de poids lourd. Il devient également chef des Rangers de Salluit. Sa vaste expérience professionnelle diversifiée lui permet d’accéder à la fonction de formateur en survie en milieu arctique auprès des Forces armées canadiennes. Tout au long de sa vie, Charlie A. Saviakjuk assume l’hybridité de son identité, entre tradition et modernité, entre respect des savoirs inuits et influence européenne, sans pour autant minimiser les violences de la colonisation.
Charlie A. Saviakjuk est principalement connu pour son livre Charlie’s Story (littéralement : « L’histoire de Charlie ») publié par la Commission scolaire Kativik (Kativik Ilisarniliriniq) dans la collection « Nunavik writing series » en 1992. La même année paraît la version en inuktitut de ce récit de vie, intitulée Saaliup unikkaanga. Dans Charlie’s Story, l’auteur aborde un éventail de sujets divers, dont son rôle de père, le mariage, les relations entre les Inuits et Inuites et les Qallunaat (les personnes de l’extérieur), les traditions inuites, la modernité, l’amour, la mort, les médias, la politique et l’écologie. Dans son livre Histoire de la littérature inuite du Nunavik (2019), Nelly Duvicq compare les œuvres de Charlie A. Saviakjuk et celles du célèbre auteur inuit Taamusi Qumaq : les deux auteurs convoquent dans leur écriture plusieurs genres littéraires, tels que le récit personnel, le commentaire sociologique et l’essai philosophique; ils ont pour autre point commun d’accorder une grande importance à la connaissance, et de croire qu’une société équilibrée est une société où les cultures échangent et coopèrent les unes avec les autres.
Charlie A. Saviakjuk est aussi sculpteur. Ses pièces Hunter (2018) et Sedna (2018), taillées dans de l’os de caribou, figurent sur le site de La Guilde (Montréal), un organisme qui œuvre entre autres à la conservation et à la promotion de l’art inuit ainsi qu’à la sensibilisation à cet art.
Aujourd’hui âgé de soixante-dix-sept ans, Charlie Saviakjuk habite toujours à Coral Harbour.