Conteur né en 1909 à l’île Mansel (Nunavut) – mort en 1975 à Ivujivik (Nunavik).
Mangiuq est né en 1909 sur l’île Mansel (en inuktitut : Pujjunaq), qui se situe dans la baie d’Hudson, dans l’actuel Nunavut, et qui est aujourd’hui inhabitée. Si « Mangiuq » est le nom qu’il se donne à lui-même, « Tuumasi » semble être un autre nom qui le désigne également. Mangiuq est né de l’union de Qumaq et de sa seconde épouse, Qaajui.
En 1967, Mangiuq consigne dans un cahier des histoires sur sa vie. Ce cahier est recueilli par l’anthropologue et ethnologue Bernard Saladin d’Anglure, qui le conserve parmi ses archives. En 1990, la revue Tumivut, le magazine des Inuits et Inuites du Nunavik édité par l’Institut culturel Avataq, publie un extrait de ce cahier, « L’histoire de Kivviagaq et Qumaq, ancêtres de Tuumasi Mangiuq ». Dans ce texte, Mangiuq relate brièvement l’histoire de son grand-père, Kivviagaq, avant de raconter celle de son père, Qumaq, et de sa famille, contraints de quitter l’île Pujjunaq alors que Mangiuq n’était encore qu’un enfant. Pendant le voyage, la glace se brisa et emporta plusieurs membres de sa famille, dont sa mère, Qaajui. Le reste de la famille tenta tant bien que mal de survivre et de rejoindre la côte, mais elle n’avait pas de nourriture et le printemps accélérait la fonte de la glace. Après avoir finalement trouvé refuge et subsistance sur l’île Saarqajaaq – l’une des îles Digges, à la jonction de la baie d’Hudson et du détroit d’Hudson –, la famille embarqua dans un bateau de fortune confectionné par Qumaq et rejoignit le camp de Kangirsualuk (au cap Wolstenholme; en inuktitut : Anaulirvik), où la Compagnie de la Baie d’Hudson avait un poste de traite. Ayant enfin pu se procurer de la nourriture et des biens, tous purent regagner l’île Pujjunaq. C’est sur cette île que Mangiuq grandit et apprend à chasser.
Selon Zebedee Nungak, Robert Flaherty, le réalisateur de Nanook of the North, 1922, aurait écrit le livre Comock (1968) en s’inspirant de l’histoire de Qumaq. Le titre de cet ouvrage édité par Edmund Carpenter serait une transcription de « Qumaq ». Edmund Carpenter rapporte les propos d’un aîné inuit d’Ivujivik (Nunavik) nommé Mangiuq, qui affirme que son père, Qumaq, a voyagé en traîneau jusqu’à l’île Mansel, où il a vécu pendant plusieurs années avec sa famille. Selon Edmund Carpenter, certains points de l’histoire diffèrent entre le récit de Qumaq et le livre Comock, mais leurs éléments essentiels sont les mêmes, ce qui lui fait dire qu’il pense que Qumaq était Comock. Les faits relatés correspondent également à l’intrigue de « L’histoire de Kivviagaq et Qumaq » publiée dans la revue Tumivut.
Peu de choses de la vie de Mangiuq sont connues, sinon le fait qu’il s’établit à Ivujivik au cours de sa vie, qu’il y construit la première maison en bois (matchbox house) de la communauté et qu’il y meurt en 1975. Toutefois, son œuvre de conteur demeure et est passée à la postérité. Mangiuq joue ainsi un rôle fondamental de gardien et de passeur des savoirs traditionnels. Conscient de l’importance de la transmission, il observe avec lucidité : « Je sais bien des choses que les enfants d’aujourd’hui ne connaissent pas. Peut-être un jour, les choses que je sais ne seront plus que des histoires, et peut-être un jour, moi aussi, je ne serai plus qu’une histoire, racontée aux enfants de demain. »